Pierre-Emmanuel MICHEL, directeur artistique, print, web, photographe

Galerie Existences à Pau, Bordeaux, Oloron Sainte Marie

Le VTT aux Philippines

Des courses d'hommes au regard d'enfant. Tagum City, une cité de 250 000 habitants en plein boom économique du sud des Philippines, sur l'île de Mindanao, célèbre pour ses combats contre les indépendantistes musulmans ainsi que pour le massacre "politique" (57 morts, la plupart journalistes et photographes) qui a eu lieu dans la région, deux jours après cette course ! ) Ce terrible événement n'étant pas encore advenu, la course, surtout la pluie, était au centre des discussions.

torba_race03Si le pays est en plein développement, ce n'est pas le cas du VTT, supplanté dans les cÅ"urs sportifs philippins par le basket-ball, la boxe ou les combats de coqs. Le temps n'est pas venu qui permettra aux champions locaux d'aller espérer récolter des lauriers autour du monde ! Les philippins ont pourtant une vraie passion pour le vélo. Plus même, il est une nécessité dans ce pays où la majorité de la population vit dans la pauvreté. Par ailleurs, les Philippines et ses grandioses paysages tropicaux, son terrain volcanique, sont très propices au VTT, et les courses y sont régulières.

torba_race04La ville accueille donc ce samedi 21 novembre 2009 la course mensuelle du club local TORBA, et même si la pluie incessante a découragé les visiteurs, certains coureurs (et coureuses) sont venus sur leur vélo de plus de 50 km à la ronde a d'en découdre ! D'autres ont utilisé les "tricycles", ces petits taxis, gros insectes verts qui pullulent en ville, d'autres encore ont co-voituré en pickup ou sont venu en voisins.
L'équipement est souvent désuet, vélos et maillots parfois d'un autre siècle, mais les vttistes sont d'un excellent niveau et beaucoup pourraient venir se frotter à nos champions.

torba_race19Dans cette course d'un niveau régional, juniors, féminines vétérans, élites, ces sportifs durs au mal, rompus aux durs travaux de la campagne ou des mines d'or, se sont affrontés sur le circuit mixte de 2,2 km, lequel comprenait deux longues lignes droites, séparées par une épingle et rythmées par deux petits tremplins en bois, un passage sur le chantier du futur hôtel de ville et une butte rendue piègeuse par la pluie de la mousson ! L'annulation a même été évoquée, à un moment où les coureurs tardaient à arriver, la plupart sans doute retardés par les conditions météo. Le maire ayant clairement refusé d'en entendre parler, c'est le week-end de la fête annuelle de la ville, et les concurrents étant finalement tous arrivés, qu'importe l'horaire (une constante dans ce pays) et les conditions, les courses purent avoir lieu !

torba_race11Les départs furent donnés dans une ambiance détendue, seuls les corps étaient crispés par la pluie, les légendaire sourires des filipinos, indéfectibles !
Les deux lignes droites, usantes, décourageantes, le passage sur le chantier, avec les rampes d'accès au perron à monter puis à descendre, éprouvantes. Une énorme flaque entre les deux, en plein sur la trajectoire était l'occasion de nettoyer les vélos et les hommes avant d'aller les resalir sur la butte de terre. Point d'orgue du circuit, tellement boueuse, quasi impraticable, seuls quelques rares courageux et talentueux équilibristes parvenaient à rester sur le vélo sur certaines portions. La plupart des coureurs poussaient leur machine ou la portait à l'épaule, ce qui n'était pas pour autant dénué de danger, la pente étant raide, la boue glissant sous les chaussures...

torba_race20Côté assistance, pendant que les coureurs souffraient, les blagues fusaient. La pluie inspirait ces hommes, souvent défavorisés, dans des délires potaches. Qu'il était attendrissant de voir se jouer de la vie, oublier leur condition le temps d'une course, d'une réunion de passionnés, peut-être leur seul instant de détente de la semaine ! Emouvant de voir ces coureurs à la peau tannée arborer ces sourires d'enfants !
Ce fut d'autant plus le cas à la fin des épreuves, la pression retombée, la pluie elle même faisant répit, lorsque tous les participants se sont réunis dans un restaurant de la ville. Le buffet à volonté eut du mal à être à la hauteur de l'appétit de ces champions affamés ! Suivit la remise de médaille et primes, le vainqueur de la catégorie Elite, plus grosse récompense, ayant touché par exemple une cinquantaine d'euros.

torba_race32Si les valeurs économiques sont différentes, le plaisir sportif est lui universel. Et pour un regard occidental, suivre cette course si exotique restera un souvenir inoubliable. Reste la frustration de voir ces coureurs talentueux ne pas avoir les moyens de venir se confronter à d'autres nations. Qui sait si le développement économique ne sera pas suivi d'un autre, plus humain, et sportif ? En tout cas, sachez que si vous voulez tenter l'aventure d'une course exotique, vous serez accueillis aux Philippines comme nulle part en France !

Voir la galerie Mindanao : Bike race in Tagum City

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